Et si on tuait le mammouth ? Ou comment réformer l’Éducation nationale

 

-et si on tuait le mammouth

Soazig Le Nevé et Bernard Toulemonde, auteurs de l’ouvrage « Et si on tuait le mammouth ? Les clés pour (vraiment) rénover l’éducation nationale » publié le 5 janvier, dressent un portrait critique de l’éducation nationale et lancent des pistent pour réformer en profondeur le système. Il ne s’agit plus là de « dégraisser le mammouth » mais carrément de le tuer. Des propositions tranchées et sans langue de bois, quitte à ne pas plaire à tout le monde.  

 

« Tuer le mammouth »

La comparaison de cette institution avec le mammouth date de 1988. En effet à cet époque Bernard Toulemonde l’avait d’ores et déjà utilisé dans l’un de ses livres et le ministre Claude Allègre l’avait reprise pour dire qu’il fallait « dégraisser le mammouth ». Il semblerait qu’en presque 30 ans, rien ne se soit produit. « Le mammouth résiste, engraissé par des ministres qui n’osent le réformer en profondeur, par des syndicats majoritaires bureaucrates et par une gestion du meilleur archaïsme. Préhistorique ! L’Éducation nationale a besoin d’un électrochoc : il faut tuer le mammouth ». Bernard Toutlemonde, ancien recteur et directeur général de l’enseignement scolaire et Soazig Le Nevé, journaliste, suggèrent dans leur ouvrage une réforme en profondeur de l’Éducation Nationale. Les réformes qu’ils proposent sont controversées, mais pour les auteurs il est nécessaire de prendre le mammouth par les cornes et de modifier le fonctionnement de l’Éducation nationale.

 

Des mesures nécessaires

Pour Bernard Toulemonde deux grands axes sont importants. Le premier est de décentraliser les prises de décision et le second est de donner plus d’autonomie aux établissements. « Les établissements scolaires reçoivent 225 circulaires par an pour 180 jours d’ouvertures. Cela fait plus d’une circulaire par jour, comment voulez-vous que cela fonctionne ? » s’interroge l’ancien recteur sur France Inter. Par ailleurs la proximité géographique des décisionnaires aiderait à mieux cerner les besoins qui sont différents selon si vous êtes en banlieue, en centre-ville, en campagne, dans le Nord ou dans le Sud. Pour eux une proximité des décideurs avec les établissements est essentielle.

 

Plus d’autonomie pour les établissements

L’autonomie des établissements est selon les auteurs un remède nécessaire pour améliorer le fonctionnement du système scolaire. Les établissements devraient pouvoir évaluer le temps indispensable à chaque programme mais avec le même objectif. L’idée n’est pas de baisser le niveau selon la situation géographique mais de pouvoir adapter les moyens et le temps nécessaire pour y parvenir.

Par ailleurs, les auteurs suggèrent de profiler les postes et que les établissements puissent sélectionner leurs professeurs. Ceci pour éviter notamment que ce soit en grande partie des enseignants novices qui se retrouvent dans les établissements difficiles et que les pontes de l’enseignement ne soient réservés qu’aux collèges et lycées de centre-ville. Environ 45 % des jeunes professeurs tout juste diplômés se retrouvent en zone prioritaire sans les armes nécessaires pour prodiguer un enseignement de qualité devant un public pas toujours très réceptif. Cette pratique a été même été qualifiée de « bizutage sévère ». Expédition punitive pour ces jeunes enseignants mais ce ne sont pas les seuls à pâtir de ces pratiques, les élèves aussi en payent le prix.

Pour les auteurs l’intérêt est double : il permettrait aux établissements de créer des équipes pédagogiques sur lesquels s’appuyer mais également aux professeurs de savoir où ils mettent les pieds et ce que l’on attend réellement d’eux. Le corps enseignant est assez hostile à cette proposition, craignant que cela n’accentue les inégalités. Argument entendu par les auteurs de l’ouvrage mais qui suggèrent également de doubler le salaire des professeurs dans ces établissements difficiles pour attirer également de bons professeurs et limiter le turn-over.

 

Pour aller plus loin

Ecouter l’émission de France Inter sur le sujet 

Et si on tuait le mammouth, publié en janvier 2017 aux Editions de l’Aube, 248 p, 21€

 

M Roizard

 

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