La réforme du rythme scolaire, véritablement efficace ?

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Voilà deux ans que la réforme des rythmes scolaires a été généralisée. Son objectif : améliorer la réussite de tous les élèves en se rapprochant des standards internationaux. Deux ans après qu’en est-il réellement ? A-t-on prouvé son efficacité ?

 

« La réforme des rythmes à l’école primaire permettra un plus grand respect des rythmes d’apprentissage et de repos de l’enfant, conformément aux préconisations des scientifiques spécialistes de la question. Elle rapprochera la France des pratiques de ses voisins européens. Les élèves seront ainsi plus attentifs pour apprendre à lire, écrire et compter. Ils seront moins fatigués et plus épanouis. La réforme conduira en outre à un meilleur équilibre entre temps scolaire et périscolaire tout en maintenant le nombre d’heures d’enseignement hebdomadaire obligatoire » annonçait le Gouvernement en 2013. Deux ans après le rapport publié par l’Inspection générale de l’Éducation nationale dépeint un tableau mitigé loin de l’atteinte des objectifs visés.

 

Des bénéfices difficilement mesurables
Aujourd’hui, on ne dispose pas du recul, ni des moyens nécessaires pour affirmer ou infirmer le bénéfice de la réforme sur les élèves : « Tout d’abord, si les effets de la réforme sur les résultats des élèves sont encore impossibles à établir, la cinquième matinée est appréciée pour les possibilités qu’elle offre sur le plan pédagogique. (…) Comme l’ont exprimé plusieurs interlocuteurs de la mission, les effets de la réforme sur les résultats des élèves ne peuvent se mesurer que sur le temps long et sous réserve que les difficultés méthodologique – comment identifier les différents paramètres impactés par la réforme ? – puissent être surmontées » analysent les rapporteurs.
Le problème de cette réforme c’est qu’aucun outil n’a été mis en place pour se donner les moyens d’évaluer l’atteinte des objectifs. Ainsi les données recueillies sont de l’ordre du ressenti plus que du démontré. Le sentiment dominant est résumé par ce propos : « Comme souvent, lorsqu’il s’agit d’évaluer les effets d’une réforme ou de la mise en œuvre d’un dispositif, les améliorations constatées concernent d’avantage le ressenti relatif aux conditions de la réussite que les résultats scolaires eux-mêmes ».
Les enseignants semblent toutefois satisfaits de cette matinée supplémentaire. En effet, nombre d’entre eux se sentent moins bousculés et parviennent à enchainer plus sereinement les activités. S’ils n’avancent pas plus vite sur leur programme, cela leur permet d’approfondir et/ou de mieux prendre en charge les élèves en difficulté ce qui est propice à la réussite de tous les élèves.
Les deux domaines à qui profitent le plus cette matinée supplémentaire sont le français et les mathématiques mais cela se fait au détriment d’autres domaines comme l’EPS, les sciences ou encore les pratiques artistiques, qui sont même décrits comme « en danger ».

« Les améliorations constatées concernent d’avantage le ressenti relatif aux conditions de la réussite que les résultats scolaires eux-mêmes »

 

« Le jeudi noir »
De très nombreux enseignants et directeurs indiquent une fatigue accrue des élèves, en particulier en fin de semaine. Le phénomène se faisant sentir le jeudi tandis qu’auparavant c’était le vendredi seulement, et surtout en fin de période. Certains vont même jusqu’à évoquer un « jeudi noir » pour indiquer que les enfants sont particulièrement fatigués ce jour-là. Cette fatigue se traduit par une moindre attention, de l’énervement, de l’agitation, une moindre participation y compris par les éléments moteurs de la classe. Même s’il est hasardeux d’incriminer directement le nouveau rythme scolaire, sur le terrain ceci est vécu un peu comme un échec.
À contrario, une étude scientifique menée par François Testu, chronopsychologue, à Arras sur 134 enfants conduit à conclure que « la réforme des rythmes scolaires n’entraine pas plus de fatigue ». Étude scientifique controversée par son faible panel et sa méthodologie, notamment par Claire Leconte, Professeur de Psychologie de l’Éducation.
Le rapport souligne d’ailleurs que « la fatigue accrue des enfants rapportée de façon trop fréquente pour être réfutée ici, a probablement des causes multiples ». En effet, les journées des enfants sont finalement restées globalement aussi longues. Au sein des journées, le temps scolaire très structuré a été réduit au bénéfice d’un temps périscolaire moins structuré et donc plus fatigant. Le tout avec une demi-journée supplémentaire.

 

Des élèves moins présents
Par ailleurs le taux d’absentéisme est assez alarmant, notamment en école maternelle. En effet il peut dépasser 50 % en maternelle et 20 % en élémentaire, le samedi matin, pour les écoles ayant choisi cette demi-journée. Moins important le mercredi matin, il reste conséquent avec un taux pouvant atteindre 20 % le mercredi matin.
La recrudescence de ce phénomène ne pénalise pas seulement les absents mais toute la classe car il faut réajuster les cours en fonction. Certains enseignants affirment ne pas aborder de point important le samedi matin car cela oblige à tout recommencer le lundi. Le bénéfice de la cinquième matinée n’est donc plus réel.
Le rapport alerte sur ce point. « Une augmentation de l’absentéisme, si elle se confirmait, serait de nature à remettre en question l’intérêt pédagogique de la réforme des rythmes, notamment en éducation prioritaire. Il s’agit donc pour les inspecteurs généraux, d’un motif majeur d’inquiétude ».

 

En conclusion l’étude souligne l’importance à l’avenir de mesurer les réels effets de la réforme des rythmes scolaires et de se donner les moyens d’évaluer l’évolution des résultats scolaires des élèves et le taux de présence, surtout en éducation prioritaire pour atteindre l’objectif : la réussite de tous les élèves.

 

M. Roizard

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