Le busing

Parmi les stratégies d’intégration, de discrimination positive et de réussite scolaire mise en place par les autorités américaines, le busing fait figure de flot absolu tant ses créateurs n’ont pas pris en considération la psychologie des parents d’élèves des écoles accueillantes.

 

 

Le busing ou transport scolaire visait à promouvoir la mixité raciale au sein des établissements scolaires publics américains; les enfants noirs quittaient leur quartier chaque matin en bus pour se rendre et apprendre dans une école blanche. Et vice-versa. Il avait donc une visée davantage politique que pédagogique.

 

Il a été mis en œuvre dans les années 70 et s’est fait mondialement connaître lorsque la ville de Chicago l’a plébiscité dans les années 90 pour lutter contre l’homogénéité raciale des quartiers et favoriser la mixité sociale.

 

Au-delà des difficultés d’organisation que posait ce système de transport scolaire, il s’est confronté au désistement des familles blanches des écoles d’accueil, mieux cotées, à qui l’État imposait ce brassage ethnique. Ces dernières ont tout simplement inscrit leurs enfants dans des écoles privées, voire ont déménagé vers d’autres zones. Leurs inquiétudes : le brassage créerait un climat de violences scolaires et l’apport des minorités dans ces écoles abaisserait la qualité de leur enseignement, de leur niveau scolaire et leurs enfants en pâtiraient.

 

Le busing a été un échec cuisant et a été progressivement abandonné pour les magnets schools, écoles publiques lourdement subventionnées dans les zones difficiles avec un corps enseignant de bonne qualité dans le but d’attirer des élèves de classes sociales supérieures et d’assurer ainsi une bonne mixité sociale. Ces écoles sont gratuites, ouvertes à tous, réputées pour leur qualité, et sont tellement recherchées que l’accès se fait par un système de loterie. Il en existe 4,34 pour 3.5 millions d’étudiants à travers les USA.

 

 

En France, quelques expérimentations de busing ont eu lieu par le passé mais n’ont réellement jamais abouti. La massification du concept n’a pas vu le jour. Le plan « Espoir banlieue » de Nicolas Sarkozy en 2008 visait à tester le busing dans les écoles primaires de certaines ZUS (zones urbaines sensibles) dûment sélectionnées. Le busing permettrait ainsi de sauter l’obstacle de la carte scolaire et les enfants d’immigrés échapperaient à leur milieu, le temps de leurs études scolaires quotidiennes.

 

« C’est le seul moyen pour les filles et les garçons d’échapper à l’enfermement de la cité et d’acquérir les bases de leur émancipation ». Fadela Amara, secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville.

 

 

A l’évidence, le busing profiterait à quelques élèves doués, qui, plongés dans un environnement de travail et de sérénité sociale, peuvent se focaliser sur leurs études et performer.

 

Simplement, au vu des réticences des familles ne souhaitant pas baisser le niveau de leur école, le busing ne peut être généralisé. Il doit donc se faire de manière limitée avec des élèves présentant déjà de bonnes prédispositions scolaires pour se fondre facilement dans leur nouvelle école.

Dit autrement, les meilleurs élèves des écoles de quartiers difficiles peuvent déserter ces lieux pour des écoles cotées de centres-villes sans que cela ne crispe trop les relations entre différentes communautés.

 

Par contre, si les écoles accueillantes devaient accepter aussi des élèves ayant des résultats scolaires passables voire médiocres, les familles réagiraient immédiatement en envoyant leurs enfants dans des écoles privées ou en déménageant, comme aux USA. Il ne peut donc se faire que de manière homéopathique et s’adressera à des élèves déjà en réussite, motivés et impliqués dans leurs études.

 

 

Le busing permet de sauver de la noyade des élèves qui savent déjà nager. Les autres ?

 

Il vaudrait mieux améliorer la qualité de l’enseignement dans les écoles difficiles de ZUS en affectant des professeurs expérimentés, motivés, payés en conséquence. L’idée ne doit plus être de sortir l’élève de son milieu mais plutôt d’introduire réellement de la qualité, de la discipline dans ce milieu pour essayer de sauver un maximum d’élèves en décrochage ou en échec scolaire. Le busing ne solutionne pas leur problème. Bien au contraire.

 

 

Yannick DJEUGOUE

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